Philippe Leclerc de Hauteclocque dit Général Leclerc, le fer de lance de la France Libre
- Benjamin Lasser
- 10 févr.
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La France a toujours joué un rôle de premier plan dans les différentes guerres européennes. Que ce soit sous Louis XIV, Napoléon ou Georges Clémenceau, la puissance militaire française a toujours été reconnue. Seulement, dès le début de la Seconde Guerre mondiale, l’armée de la nation tricolore va sombrer.
Durant la campagne de France de 1940, la déroute de l’armée française et de ses chefs est notable. La défaite entraîne l’occupation et la chute de tout un pays. Cependant, certains soldats et officiers vont se démarquer, se mettre en avant, et choisir le camp de la lutte. La lutte contre l’occupant est dans un premier temps éparpillée est dérisoire durant les années 1940-1941. Cette résistance se matérialise par des personnes chantant la Marseillaise, des civils partant fleurir les monuments aux morts le 11 novembre (ce qui a été interdit par les Allemands) ou encore des journaux imprimés clandestinement pour pousser la population à résister. La résistance armée est loin d’être la forme de lutte privilégiée par les quelques personnes ayant le courage de s'opposer à l’occupant. Seulement, certains anciens vétérans de la campagne de France de 1940 ont décidé de s’exiler en Angleterre pour rejoindre une nouvelle force armée composée de Français voulant continuer le combat aux côtés des Alliés sur les autres fronts.
Le chef de cette nouvelle force armée, bientôt appelée Force Française Libres : le Général De Gaulle. Derrière lui, des meneurs d’hommes, des soldats vont continuer la lutte à travers le monde pour qu’à la victoire, la France soit au côté des vainqueurs et non des vaincus. L’un de ces hommes se nomme Philippe Leclerc de Hautecloque plus connu sous le nom de Général Leclerc.
Jeunesse et formation à l’école militaire de Saint-Cyr
Philippe Leclerc de Hauteclocque naît le 22 novembre 1902 à Belloy-Saint Léonard près d’Amiens. Il voit le jour dans une famille aristocratique du Nord. La foi et la patrie sont des préceptes fondateurs qui le suivent tout au long de sa jeunesse et de sa vie. Il rejoint à l’âge de 20 ans l’école militaire de Saint-Cyr, il rejoint la 109ème promotion “de Metz et de Strasbourg”. Il sort diplômé en 1924. Par la suite, il sort major de promotion de l’école de cavalerie de Saumur. Il reçoit sa première affectation en 1925 au sein du 5ème régiment de cuirassier basé à Trèves.
Il commence sa carrière militaire durant la campagne marocaine de 1926. Il est tout d'abord affecté au 8ème régiment de spahis basé à Taza. Par la suite, il entre en tant qu’officier instructeur dans l’école des élèves officiers marocains de Dar el-Beida, il forme certains officiers au combat avant de prendre lui-même le commandement du 38ème goum marocains . Il reste à ce poste jusqu’à son retour en France. Il devient instructeur dans l’école qui l’a formée : Saint-Cyr. Cependant, son aventure marocaine n’est pas terminée. Il rejoint le général Giraud et mène un ultime assaut dans les montagnes marocaines. Par la suite, il rentre en France pour continuer ses missions d'instructeur et préparer un autre conflit.
La campagne de France
Le futur général Leclerc n’est encore qu'un jeune officier en formation quelques mois avant le début de la campagne de France. Il fait une grande partie de sa formation au sein de l’école des cavaliers de Saumur. Ce haut lieu de formation militaire était à sa création dédié à la formation dés futurs grands cavaliers de notre armée française. Dès lors, les pensionnaires de cette école sont formés pour devenir les futurs Joachim Murat. Seulement, tout comme le temps avance, la façon de combattre sur le champ de bataille évolue également. Les grandes charges de cavalerie face à des armées rangées en ordre de bataille ne sont plus à l’ordre du jour. Ce sont maintenant, les char d’assault, l'aviation, les mitrailleuses qui gagnent les batailles. De futurs grands généraux commencent à le théoriser et à mettre en avant l’importance que peuvent avoir dorénavant l’arme mécanique. Ils expliquent qu'elles ne doivent plus servir uniquement de soutien au des troupes à pied qui montent à l'assaut. Selon eux, les chars d'assaut par exemple doivent être réunis en régiment et utiliser comme fer de lance d’une offensive. L’un des grands défenseurs de cette théorie en France est un officier du nom de Charles De Gaulle. Un autre officier allemand cette fois va défendre cette théorie, le général Guderian. Philippe de Hauteclocque adhèrent à ces idées. Durant son passage à Saumur, il est formé à ce nouveau type de guerre : la “guerre mécanique”. Il reçoit comme premier grade les galons de capitaine.
En mai 1940, le capitaine Leclerc est officier dans l’état-major de la 4ème division d’infanterie. Pendant ce temps, les forces allemandes passent à l’attaque. L’Etat major allemand lance le plan “Jaune” et entre en France. Les blindées allemands franchissent la frontière par la forêt des Ardennes et prennent l’ensemble des forces françaises et anglaises venu aidé leurs alliées à revers. Ils mettent en place les préceptes défendus par Charles De Gaulle, en envoyant en première lignes des régiments de blindés couverts par une importante présence aérienne. L’un de généraux présent à la tête de ces régiments blindées n’est autre que le général Guderian. Les troupes sont mises en déroute et en quelques semaines les combats sont terminés, la victoire allemande est totale. La 4ème division d'infanterie quant à elle se retrouve encerclée aux alentours de Lille. Ils sont en partie capturés ou tués. Seule une petite partie de cette dernière réussit à embarquer à Dunkerque pour l’Angleterre. Pendant ce temps, le capitaine Leclerc reçoit l’autorisation de tenter de percer le front et de rejoindre une troupe combattante. Il arrive à atteindre le 2ème groupement cuirassée et participe à quelques affrontements contre l’ennemi. Il est durant cette campagne de France capturé deux fois par l’armée allemande, il réussit à s’enfuir les deux fois.
La déroute des armées françaises est totale. Pour tenter de reprendre la main, le président Albert Lebrun nomme le maréchal Philippe Pétain à la tête du conseil. Très vite, ce dernier demande l’Armistice et l’arrêt des combats, il est signé le 22 juin 1940. Avec cette défaite, la France devient un territoire sous occupation. La partie Nord de son territoire ainsi que les côtes sont sous juridiction allemande, alors que la moitié Sud est gouvernée par le nouvel Etat Français du maréchal Pétain qui installe son gouvernement à Vichy. Le rôle de la France semble alors tout tracé, une nation sans rôle militaire réelle servant surtout de base arrière pour l’occupant et de zone de stationnement pour leur troupes.
Après avoir échappé une seconde fois aux armées allemandes, le capitaine Leclerc repart pour Paris où il entend parler pour la première fois un appel qu’un général aurait passé depuis Londres pour continuer la lutte. Cet officier n’est rien d’autre que le général Charles De Gaulle. Sa décision est prise, il rejoindra l'Angleterre et le général De Gaulle pour continuer le combat. Il prend la route et part pour l'Espagne qui devient le passage obligé, les côtes françaises étant aux mains des Allemands, afin de rejoindre Londres. Cependant pour protéger sa famille, il abandonne son nom Philippe de Hauteclocque et choisit de se faire connaître comme étant le colonel Leclerc. Le 25 juillet 1940, à son arrivée, il prend la pleine mesure du combat qui l’attend. Le général De Gaulle lui confie une mission de première ordre : rallier les pays d’Afrique équatoriale aux Forces Françaises Libres. Le 26 août, il débarque aux côtés de Claude Hettier de Boislambert et de René Pleven à Douala sur les côtés camerounaise pour débuter sa mission.
La campagne d’Afrique
Le travail de Leclerc au Cameroun est très loin du rôle militaire qu’il a pu tenir lors de la campagne de France ou dans les campagnes précédentes. Il mène tel un politicien des actions médiatique et politique pour rallier cette région au général De Gaulle. Ce qu’il réussit à obtenir peu de temps après son arrivée. Après la Cameroun, c’est le Gabon qu’il doit allié au FFL. Il obtient son ralliement le 12 novembre.
Après avoir mené ces différentes missions camerounaises et gabonaises, il obtient enfin un commandement militaire. Le colonel Leclerc devient le commandant militaire du Tchad. Le général De Gaulle lui confie la mission de partir pour la Libye afin d'affronter les troupes italiennes. Il a pour objectif de prendre l’oasis de Koufra et la région du Fezzan.
Le 26 janvier 1941, appuyé de soldats néo-zélandais et écossais, la colonne française quitte Fort Lamy et commence son avancée sur Koufra. L’oasis est défendue par la Sahariana di Cufra”, une unité motorisée italienne comptant environ 400 hommes avec un soutien aérien permanent. De son côté, le colonel Leclerc compte 400 hommes dans ces rangs, dont 250 sont en mesure de combattre sur une soixantaine de véhicules. Le 18 février, après une longue route pour atteindre l’oasis fortifiée , les premiers combats entre italiens et français ont lieu. Les affrontements vont durer une dizaine de jours. Le 1er mars les Italiens, abandonnés par leur aviation et persuadés que les troupes françaises sont supérieur en nombre, décident de parlementer et d’ouvrir les portes du fort aux FFL. Le 2 mars, Leclerc fait prêter serment à ces hommes : “poursuivre la lutte jusqu'à ce que le drapeau français flotte à nouveau sur Strasbourg”. Cette victoire de Koufra va suivre les troupes de Leclerc durant tout le conflit, ils sont dorénavant synonymes de respect et de bravoure sur le champ de bataille. Après les combats, la colonne de Leclerc ou colonne du Tchad part pour Tripoli pour faire leur jonction avec les troupes britanniques du général Montgomery. Durant toute la campagne d’Afrique, Leclerc met en pratique les préceptes défendus par le général De Gaulle prônant la guerre motorisée. Ayant retenu les apprentissages de la défaite de 1940, l’aviation et les chars d'assaut deviennent les fers de lance des forces françaises libres. Ils continuent d’affronter les troupes italiennes et allemandes en Tunisie en parallèle de l’opération “Torch (débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord)” déclenchée le 8 novembre 1942.
Cette campagne, auréolée de succès pour les troupes françaises libres, permet à Leclerc de recevoir le commandement de la 2ème division française libre. Il a pour mission de transformer la 2ème DFL en 2ème division blindée, celle-ci sera en grande majorité composée d’éléments motorisée comme des chars d’assaut et des camions. C’est au Maroc que ces troupes sont stationnées. Après avoir été rejoint par bons nombres de nouvelles troupes (jeunes français évadées, troupes appartenant à l’armée d’Afrique, des volontaires corses,...). Il réussit à constituer un véritable corps d’armée avec un service de transmissions, d'intendance, de santé ainsi que des troupes combattantes. Après avoir réuni la totalité de ces formations, Leclerc et les 14 000 de la 2ème DB quittent l’Afrique pour un nouveau front : l’Europe.
La reconquête de l’Europe
Le 06 juin 1944, le plan Overlord est lancé. Les troupes alliées débarquent sur les plages d’Omaha, Sword, Juno, Utah et Gold. Le sable normand est alors foulé par un flot ininterrompu de soldats venant de toutes les nations du monde. Des Polonais, des Américains, des Écossais, des Australiens et…. des Français. En effet, 177 commandos français sous les ordres du capitaine de corvette Philippe Kieffer débarquent sur la plage d’Ouistreham (nom de code Sword Beach). Les hommes du général Leclerc quant à eux sont toujours en Angleterre lors de l’invasion alliée. Ils ne prennent le chemin de la Normandie qu’un mois plus tard, le 1er août 1944 dans le secteur d’Utah Beach. La campagne d’Europe débute pour les soldats de la 2ème DB et leur général. Ils sont affectés à la IIIème armée américaine du général Georges Patton. Ils progressent à travers la Normandie et l’Ouest de la France, ils libèrent la ville d’Alençon le 12 août, avant d'entamer leur marche vers l’île de France et Paris. Le 22 août, ils rentrent et délivrent la ville de Rambouillet dans les Yvelines. Ils ne restent alors que quelques kilomètres avant d'atteindre Paris. La libération de la capitale française n’était au départ pas dans les plans de l'état-major allié. L’objectif était de contourner la ville lumière pour arriver le plus rapidement possible à la frontière allemande. Le 22 au soir, le général Eisenhower donne l’ordre aux troupes de la 2ème DB avec en soutien la 4ème division d’infanterie américaine de foncer sur Paris.
Les troupes de la 2ème DB entrent dans la ville le 23, les combats font déjà rage dans la ville. Depuis le 06 août, les Parisiens ont été appelés à l’insurrection par les responsables FFI de la ville. Le colonel Rol-Tanguy et les insurgés mènent une vie d’enfer aux troupes allemandes basées dans la capitale. En étroite collaboration les forces françaises et américaines entre chacune, de leur côté, dans Paris. Deux jours plus tard, l’armée allemande se rend. Le général Dietrich Von Choltitz, dernier gouverneur allemand de Paris occupé, signe l’arrêt des combats et la capitulation des forces allemandes à Paris. Ce n’est pour autant pas la fin des combats pour les hommes de Leclerc. Leur serment n’est pas accompli, il y a encore beaucoup de routes avant Strasbourg. Après la liesse de la libération de la capitale française, les hommes de la 2ème DB repartent pour l’Est de la France. Ils arrivent à Nod-sur-Seine près de Dijon le 12 septembre, puis rejoignent les alentours de Nancy le 13 septembre. Le 23 novembre, le serment de Koufra est honoré, la 2ème DB libère Strasbourg et peut enfin faire flotter le drapeau tricolore sur la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Au sein de la 1ère armée française libre du général De Lattre de Tassigny, la 2ème DB participe à la Libération de Colmar le 06 février 1945. Après de vives tensions durant la prise de la ville le général Leclerc et le général De Lattre, la 2ème DB est envoyé sur Royan pour libérer la ville. Elle est vite rappelée dans l’Est pour rejoindre le 21ème corps d’armée de la 7ème armée américaine. Ils ont pour ordre de participer à l’invasion de l'Allemagne en passant par la Bavière. Le 04 mai, le général Leclerc et ces hommes entrent les premiers dans Berchtesgaden. La capitulation est signée de toutes les forces allemandes en Europe le 08 mai.
La capitulation signé, le général Leclerc est nommé commandant du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Le 2 septembre 1945, il représente la France dans la signature de la reddition japonaise. Il part le 5 octobre pour Saigon. D'octobre 1945 à juillet 1946, il rétablit la présence française en Indochine. Il traverse le Cambodge et la Cochinchine avant de se retrouver en juillet 1946 à la frontière chinoise. Après une année en Asie, il retourne en France pour être nommé inspecteur général des forces terrestres françaises en Afrique du Nord. Le 12 avril 1947, il reçoit la supervision des forces maritimes et aériennes en plus des troupes terrestres en Afrique du Nord. C’est lors d’une de ces missions qu’il trouve la mort dans un accident d’avion qui devait l’emmener à Colomb-Béchar en partant d’Oran. Son appareil aurait traversé une tempête de sable. Un hommage national est décrété en l'honneur de ce militaire illustre. Il est rapatrié sur un croiseur le 04 décembre 1947 pour retourner en métropole. Il est inhumé aux invalides dans le caveau des gouverneurs après avoir été escorté par ces hommes de la 2eme DB de Notre Dame de Paris jusqu’à l’Arc de Triomphe.
Source et Bibliographie :
DANSETTE Adrien, Histoire de la Libération de Paris, Perrin, 1994, 483 pages
LORMIER Dominique, La Bataille de France au jour le jour, Le Cherche-Midi, 2010, 614 pages.
MAS Cédric, FELDMANN Daniel, La campagne du Rhin, 2e éd. - Les alliés rentrent en Allemagne (janvier-mai 1945), Economica, 2019, 351 pages.
MURACCIOLE Jean-François, Les Français libres, Taillandier, 2009, 426 pages.
NOTIN Jean-Christophe, Leclerc, Tempus Perrin, 2010, 832 pages.
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